“Secteurs-clés” Gauquelin & Maisons pseudo-“traditionnelles”

La nature des effets astrologiques est principalement conjecturale, stochastique et chaotique. Il n’existe donc aucun déterminisme astrologique mécanique susceptible d’être montré, ou non démontré, par une étude statistique pour en évaluer la probabilité ou l’improbabilité. Malgré cela, les partisans et les détracteurs de l’astrologie continuent de s’engager dans cette voie, pour le meilleur (rarement) et pour le pire (presque toujours). Cependant, des études statistiques sérieuses pourraient mettre en évidence et détecter certains des effets astrologiques les plus marquants et donc les plus visibles. Mais jusqu’à présent, ces études n’ont jamais été réalisées, même si toutes les conditions sont réunies pour qu’elles puissent l’être. Pour les chercheurs audacieux, il reste encore un vaste territoire inexploré à découvrir, sachant que cela se limiterait à la partie visible de l’iceberg astrologique, dont environ 90 % resteraient donc hors de portée de toute analyse statistique.
Un peu d’Histoire à propos des Maisons
Les secteurs-clés de Gauquelin et les maisons pseudo-« traditionnelles » sont des sujets importants en astrologie. Il est essentiel de comprendre l’influence du système de domification choisi sur l’interprétation d’un thème astral.
Avec l’avènement de l’informatique, les astrologues ont désormais la possibilité de choisir instantanément le système de domification qu’ils préfèrent. Cependant, il est important de se rappeler que tous les systèmes ne sont pas équivalents en termes de pertinence astronomique.
Certains systèmes, tels que celui utilisé par Placidus et attribué à tort à Ptolémée, sont plus précis dans la représentation des positions zodiacales et planétaires. C’est pourquoi le système ptoléméo-placidien est le plus largement utilisé par défaut dans la plupart des logiciels astrologiques.
Malheureusement, bon nombre de ces logiciels ne fournissent aucune information sur la pertinence astronomique des différents systèmes. Il est donc possible de choisir un système inapproprié sans même en être conscient. Cela signifie que même si les modules d’interprétation proposés par ces logiciels sont de haute qualité, l’interprétation globale du thème peut être partiellement ou totalement erronée si le mauvais système a été sélectionné.
Il est donc essentiel pour les astrologues de comprendre et de prendre en compte l’impact du système de domification choisi lorsqu’ils interprètent un thème astral. La base solide d’un thème repose sur un choix judicieux du système qui reflète au mieux les réalités astronomiques.
Sens et non-sens des aiguilles d’une montre
Dans la tradition astrologique, les 12 secteurs de la sphère locale, appelés Maisons, sont numérotés dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Cette numérotation sénestrogyre est basée sur le mouvement annuel des planètes autour du Soleil. Cependant, on peut considérer cette numérotation comme une absurdité car elle va à l’encontre du sens horaire de rotation des astres autour de l’horizon. Il serait plus logique et fidèle à la réalité apparente de la sphère locale de numéroter les Maisons dans le sens des aiguilles d’une montre.
Ainsi, les Maisons I, II et III seraient attribuées au quadrant oriental croissant (du point ascendant au méridien supérieur), les Maisons IV, V et VI au quadrant occidental décroissant (du méridien supérieur au point descendant), les Maisons VII, VIII et IX au quadrant occidental croissant (du point descendant au méridien inférieur) et enfin les Maisons X, XI et XII au quadrant oriental décroissant (du méridien inférieur au point ascendant).
Il est intéressant de noter que cette numérotation dextrotrogyre des Maisons correspondait à la manière dont les astrologues comptaient les secteurs de la sphère locale avant l’ajout grec tardif de la numérotation sénestrogyre. Cette similitude avec les « secteurs-clés » des statistiques Gauquelin réalisées avec des naissances antérieures à 1960 est frappante.
Certains soutiennent qu’il existe une lointaine tradition suméro-babylonienne pour justifier historiquement cette numérotation dextrotrogyre. Cependant, il est important de souligner que l’astrologie chaldéenne ou sumérienne ne disposait pas d’un système de division de la sphère locale comparable au système des Maisons. Les astronomes babyloniens se concentraient sur les mouvements planétaires circum-horizontaux et utilisaient uniquement les temps d’ascension des planètes sur l’écliptique à partir de leur lever pour déterminer leur culmination au méridien supérieur.
On peut donc se demander pourquoi les Grecs ont adopté le système de numérotation sénestrogyre à une époque indéterminée. Ce système n’a en effet aucune utilité pratique dans les calculs astronomiques et a seulement semé la confusion entre les rotations planétaires annuelles sénestrogyres dans la sphère céleste et les rotations planétaires journalières dextrogyres dans la sphère locale.
Horizon, méridien et valorisations planétaires
La détermination des zones de valorisations planétaires en fonction des axes horizontal et méridien dans la sphère locale est un problème central qui a toujours préoccupé les astronomes-astrologues savants de l’antiquité. Le plan méridien ne posait aucun problème, ce qui n’était pas le cas du plan horizontal. En effet, la culmination exacte d’une Planète au méridien supérieur (MC, Milieu-du-Ciel) est un phénomène que l’on peut définir sans ambiguïté. Elle est alors au plus haut de sa course diurne quotidienne, alors qu’une Planète au méridien inférieur (FC, Fond-du-Ciel) est au plus bas sous l’horizon dans sa course nocturne. Cette non-ambiguïté du caractère diurne ou nocturne d’une Planète méridienne est la raison pour laquelle Ptolémée estime, dans sa Tétrabible, que les Planètes les plus influentes se situent à proximité du méridien supérieur, étant donné que les effets diurnes (au-dessus de l’horizon) l’emportent sur les effets nocturnes (sous l’horizon).
Le seul problème qui se posait – et se pose toujours – d’un point de vue astrologique était de définir l’étendue ou la durée des deux zones situées de part et d’autre du méridien, zones à l’intérieur desquelles les Planètes sont considérées comme particulièrement influentes, sachant que cette influence s’amoindrit ou disparaît lorsqu’elles se situent avant ou après ces deux zones.
La détermination de l’étendue et de la durée des zones horizontales entourant le levant (Ascendant) et le couchant (Descendant) pose en effet un problème plus complexe. Elle a un rapport premier et direct avec la détermination du point horoscopique. D’un point de vue purement astronomique, celui-ci désigne l’endroit précis de l’intersection entre le plan de l’écliptique et celui de l’horizon Est, dénommé point levant ou point Ascendant. Il avait en effet été observé que les Planètes à leur lever avaient un effet important au moment d’une naissance.
La question fut alors – et reste encore – de déterminer aussi précisément que possible l’étendue et la durée de cette “zone ascendante” et de son opposé à l’horizon Ouest, la “zone descendante”. En effet, ces deux zones sont constituées d’une partie diurne correspondant aux Maisons XII et VII (zones ascendante et descendante au-dessus de l’horizon), et d’une partie nocturne correspondant aux Maisons I et VI (zones ascendante et descendante sous l’horizon). Une précision s’impose : ici les Maisons sont uniquement considérées comme le résultat astronomique de la division de la sphère locale en 12 secteurs basés sur la tripartition des arcs diurnes et nocturnes. Les significations astrologiques accordées à ces secteurs n’ont aucune importance dans la démonstration qui suit.
Zone ascendante & point horoscopique
Pour commencer, rappelons que le mot « horoscope » vient du grec et signifie « qui regarde l’heure ». Le point horoscopique fait référence au degré zodiacal qui se lève à l’horizon à un moment précis, calculé en longitude écliptique. Par abus de langage, le terme « horoscope » est devenu synonyme de « thème natal ».
Intéressons-nous maintenant de plus près au point horoscopique. Il peut être défini comme le centre relatif de la zone ascendante qui chevauche les Maisons I et XII. Les astrologues avant Ptolémée ont cherché à évaluer l’effet particulier qu’ils pensaient se produire lorsque une planète se trouve à proximité de ce point. Les textes chaldéens les plus anciens mettaient surtout l’accent sur le critère de visibilité. Ainsi, une planète ascendant se situe au-dessus de l’horizon, c’est-à-dire en Maison XII, tandis que si elle est sur le point de se lever et donc encore invisible sous l’horizon, elle se trouve en Maison I.
Les prédécesseurs de Ptolémée se sont alors demandé quand la planète ascendant était la plus puissante. Était-ce au moment précis de son passage à l’horizon, donc sur le point horoscopique ou début de la Maison I ? Ou bien était-ce après, lorsqu’elle avait franchi la frontière entre le nocturne et le diurne, qu’elle avait changé d’état et était clairement visible en Maison XII ? Fallait-il également prendre en compte la durée pendant laquelle elle se trouvait encore sous l’horizon, donc en Maison I ? Sachant qu’à ce moment-là, elle était progressivement en train de changer d’état en terminant sa trajectoire nocturne et se préparant à monter au-dessus de l’horizon pour commencer sa trajectoire diurne ?
Des “centres” et des “lieux”
Ces débats ont suscité des discussions sur ce que les anciens astrologues appelaient le « centre » de la zone ascendante. Le « centre » se définissait comme la position à l’intérieur de cette zone où la planète avait le maximum de puissance. Il y avait différentes méthodes de calcul, dont il est inutile de mentionner ici les détails complexes. Deux camps s’affrontaient dans la controverse sur les « centres ». Le premier camp, très minoritaire, était composé des puristes astronomiques qui considéraient que le « centre » ne pouvait être que le point horoscopique. Le deuxième camp, regroupant les observateurs de l’astrologie réelle, estimait que le « centre » se trouvait quelque part à l’intérieur de la Maison XII.
Nous nous intéressons ici au deuxième camp, car la position du premier camp ne faisait pas l’objet de débat. Les partisans du deuxième camp n’étaient pas d’accord sur trois points. Le premier point concernait la base sur laquelle le calcul du « centre » devait être effectué. Certains plaidaient en faveur d’un « centre » spatial, situé à un certain nombre de degrés au-dessus du point horoscopique, tandis que d’autres préféraient un « centre » temporel, calculé en fonction de la durée pendant laquelle une planète progressait au-dessus de l’horizon, donc en Maison XII. D’un point de vue purement astronomique, ces derniers avaient raison. Le deuxième point portait sur la position de ce « centre » à l’intérieur de la Maison XII, c’est-à-dire sa proximité plus ou moins grande avec le point horoscopique. Enfin, le troisième point concernait le caractère absolu ou relatif de ce « centre ». S’il était absolu, la planète devait se situer exactement sur ce « centre ». S’il était relatif, ce « centre » représentait simplement le centre d’une zone à l’intérieur de laquelle la planète pouvait être considérée comme appartenant audit « centre ». La plupart des partisans du « centre relatif » étaient d’accord pour dire que cette zone s’étendait jusqu’au point horoscopique, c’est-à-dire dans la partie de la Maison XII la plus proche de l’horizon.
Le problème du « centre » a également eu une incidence sur la conception que les anciens astrologues avaient des Maisons et de leurs délimitations, quel que soit le système de domification qu’ils utilisaient. En effet, pour la plupart d’entre eux, le « centre » et sa périphérie étaient confondus avec le « lieu » où il se trouvait. La notion de « lieu » différait sensiblement de celle de Maison, car elle désignait une section d’espace ou de temps qui pouvait soit appartenir directement à une Maison voire même être confondue avec elle, soit être liée à celle-ci tout en étant située à proximité mais à l’extérieur de ses limites. L’interaction entre les « lieux » et les Maisons a amené un grand nombre d’astrologues à modifier et déplacer les limites des Maisons afin d’y intégrer les « lieux » adjacents.
Maisons “angulaires”, “succédantes” et “cadentes”
À une époque indéterminée à la fin du dernier millénaire avant J.C., les anciens décidèrent de classer les Maisons dans le sens sénestrogyre. C’est ainsi que les 12 Maisons furent divisées en trois groupes : les Maisons angulaires, succédantes et cadentes. Les Maisons angulaires (I, X, VII & IV) étaient adjacentes au plan horizontal (I & VII) ou au plan méridien (X & IV). Les Planètes qui s’y situaient étaient considérées comme ayant l’influence la plus forte et déterminante. Les Maisons succédantes (II, V, VIII & IX) étaient situées à équidistance des plans horizontal et méridien. Les Planètes qui s’y situaient étaient considérées comme ayant une influence moindre que les précédentes. Les Maisons cadentes (III, VI, IX & XII) étaient elles aussi adjacentes au plan horizontal (VI & XII) ou au plan méridien (III & IX). Les Planètes qui s’y situaient étaient considérées comme ayant l’influence la plus faible et la moins déterminante.
Cette classification logique sur le critère d’influence relative (“++” pour les angulaires, “+–” pour les succédantes et “––” pour les cadentes) pose un problème aux limites. En effet, dans ce système, les Maisons angulaires et cadentes sont contiguës. Cela implique qu’en franchissant la frontière horizontale ou méridienne qui les sépare, une Planète passe sans transition d’un statut “++” à un statut “––” dans le sens sénestrogyre et d’un statut “––” à un statut “++” dans le sens dextrogyre.
Or, qu’ils fussent sénestrogyristes ou dextrogyristes dans leur conception de la succession des Maisons, en général les astrologues convenaient que ce brutal passage du fort au faible ou inversement ne correspondait pas à ce qui pouvait être observé dans la zone de l’écliptique concernée. En effet, les données d’observation montraient que les zones d’influence maximale ou minimale des Planètes n’étaient pas délimitées par les frontières entre Maisons angulaires et succédantes, mais chevauchaient celles-ci.
Pour résoudre ce problème et donc faire coïncider théorie et pratique, deux solutions s’imposaient aux astrologues confrontés à ce problème : soit ils conservaient aux Maisons leur pertinence en tant que facteurs de hiérarchisation des puissances planétaires, et dans ce cas il leur fallait en déplacer les limites. Cela impliquait de s’affranchir de l’exactitude de leurs frontières déterminées par des calculs astronomiques ; soit ils convenaient que les Maisons n’étaient pas des opérateurs adéquats pour déterminer la hiérarchie des puissances planétaires, et dans ce cas il fallait leur substituer un autre système de division de la sphère locale (c’est ce qu’ont fait les Gauquelin en définissant leurs “secteurs”). Ce système se superposerait à celui des Maisons et n’en respecterait pas les délimitations. Il serait constitué de deux types de zones : celles chevauchant les Maisons angulaires et cadentes d’une part, et celles chevauchant les Maisons succédantes d’autre part.
Les premières (zones d’angularités) classées “++” délimiteraient l’étendue à l’intérieur de laquelle se situent les Planètes les plus influentes, et les secondes (zones de non-angularité) classées “––” délimiteraient l’étendue à l’intérieur de laquelle se situent les Planètes les moins influentes. Entre ces deux grandes zones pourraient s’intercaler des zones intermédiaires classées “+–” ou “–+” qui contiendraient les Planètes d’influence intermédiaire.
Sénestrogyristes contre dextrogyristes
On ne sait pas exactement quand les partisans des Maisons sénestrogystes ont pris le dessus sur les partisans des Maisons dextrogyristes. Les premiers soutiennent un ordre des Maisons dans le sens inverse des aiguilles d’une montre (AS-FC-DS-MC), tandis que les seconds plaident pour un ordre dans le sens inverse (AS-MC-DS-FC), correspondant aux rotations planétaires observées. Malheureusement, il y a peu de documents d’époque sur ce sujet et ceux-ci sont souvent imprécis, fragmentaires et dispersés, avec des datations incertaines voire inexistantes. Par conséquent, la reconstitution de ces débats reste purement conjecturale.
Ce qui semble certain rétrospectivement, c’est que les dextrogyristes étaient absents des débats concernant le décalage de 5° ou 10°. Cela suggère que la position sénestrogyste était déjà hégémonique à cette époque.
On peut se demander pourquoi les dextrogyristes étaient absents de ces discussions. Ils étaient pourtant également concernés par cette problématique, qui les invitait à faire une rotation similaire de 5° ou 10°, mais dans l’autre sens. En procédant ainsi, ils auraient par exemple accordé une importance accrue à leur Maison XII (correspondant à la Maison I des sénestrogystes), située juste en dessous du point horoscopique à l’horizon est. On peut supposer qu’ils étaient de meilleurs observateurs car pour eux, il ne faisait aucun doute que les planètes se levant au-dessus de l’horizon avaient une grande influence, en principe dans toute l’étendue de ce qu’ils considéraient comme leur Maison I (la XII des sénestrogystes), ce qui a été confirmé par les statistiques plus tard. Le fait d’être de meilleurs observateurs les aurait peut-être incités à accorder une importance particulière aux planètes sur le point de se lever, donc dans leur Maison XII (la I des sénestrogystes). Il est également possible qu’en tant qu’héritiers fidèles de la tradition chaldéenne, ils n’aient pas remis en question ce système de Maisons, car les documents babyloniens connus ne mentionnent aucun système similaire. Ce ne sont que des déductions rétrospectives et de simples conjectures. En réalité, nous ne saurons jamais avec certitude ce qui s’est vraiment passé.
L’hypothèse des Maisons autocentrées
On ignore également la position des dextrogyristes concernant le système des Maisons autocentrées. Ces partisans étaient les plus réformateurs car ils proposaient une redéfinition radicale du positionnement des Maisons. Selon eux, les Maisons n’étaient plus définies par leurs limites, mais par leur centre. Ainsi, le point horoscopique horizontal n’était plus le début de la Maison I (ou de la XII pour les sénestrogyristes), mais en devenait le centre. Cela signifiait que les limites de toutes les autres Maisons étaient également décalées de 15°. Par exemple, la Maison I se retrouvait à cheval sur l’horizon est, la Maison X à cheval sur le méridien supérieur, la Maison VII à cheval sur l’horizon ouest et la Maison IV à cheval sur le méridien inférieur. Il est remarquable de constater que ces anciennes Maisons autocentrées ressemblent beaucoup aux « secteurs-clés » des statistiques Gauquelin basées sur des études informatisées en 1984.
Cette solution radicale permettait de résoudre le problème ancien des « centres » et des « lieux » extérieurs aux Maisons qui devaient correspondre entre théorie et pratique. En effet, les « centres » et les « lieux » étaient désormais inclus à l’intérieur de ces Maisons centrales et donc confondus avec elles. Les discussions ne portaient plus que sur leur positionnement. La seule question était de savoir si le « centre » du pouvoir planétaire était confondu avec celui de la Maison I centrale, ou s’il se trouvait excentré au-dessus ou au-dessous de l’horizon. Dans le premier cas, une planète atteignait son maximum de puissance lorsqu’elle était exactement située sur l’horizon. Dans le deuxième cas, l’excentration au-dessus de l’horizon était probablement la solution la plus couramment acceptée, étant donné que c’était cette position planétaire qui avait entraîné la redéfinition des Maisons par leur centre. Cependant, il est probable que les moins audacieux aient plaidé en faveur d’un « centre » situé sous l’horizon, afin de ne pas rompre trop brusquement avec l’ancienne définition de la Maison I sénestrogyre.
Comme nous l’avons déjà expliqué, cette rotation dextrogyre de 15° permettait de déterminer 4 Maisons majeures centrées respectivement autour de l’ascendant (AS), du méridien supérieur (MC), du descendant (DS) et du méridien inférieur (FC). Elle permettait également de maintenir la distinction entre les Maisons angulaires, succédantes et cadentes, mais en bouleversant leur ordre hiérarchique. En effet, les Maisons angulaires contenant les centres AS, MC, DS et FC avaient la plus grande influence « ++ » dans la détermination des Planètes dominantes. Les Maisons succédantes étaient celles qui étaient adjacentes aux précédentes et avaient une influence moindre « +- » ou « -+ ». Par conséquent, les Planètes situées dans ces Maisons avaient une puissance relative plus faible. Les Maisons cadentes étaient adjacentes aux précédentes, avaient une influence encore plus faible « — » et conféraient aux Planètes qu’elles contenaient la puissance relative la plus faible, les rendant non-dominantes.
Le choix sénestrogyriste de Ptolémée
Au IIe siècle, Ptolémée explique dans sa Tétrabible les théories et pratiques astrologiques de ses prédécesseurs. Il mentionne brièvement le système sénestrogyre de numérotation des Maisons, qu’il valide sans s’y attarder, mais il ne fait aucune référence au système dextrogyre et aux Maisons autocentrées. Même s’il donne souvent des explications rationnelles et se réfère fréquemment à l’astronomie pour légitimer les théories et pratiques astrologiques, il ne juge pas nécessaire d’expliquer pourquoi il a fait ce choix exclusif. Ce choix a conduit à faire croire, en raison de l’influence considérable de son œuvre qui a été une référence majeure pendant des siècles, que le système sénestrogyre était le seul, alors que ce n’est pas vrai d’un point de vue historique et épistémologique.
Nous verrons que ce choix des maisons sénestrogyres a eu d’importantes conséquences sur la détermination des puissances planétaires, qui est liée à la présence des planètes dans certaines Maisons, non pas en fonction des significations qui leur sont attribuées, mais en raison de leur proximité avec l’horizon et le méridien. Nous expliquerons cela plus en détail.
Pour plus de clarté dans notre exposé et afin d’éviter toute confusion, nous utiliserons le système de numérotation sénestrogyre des Maisons qui est devenu « classique » et « traditionnel » parce que c’est celui que Ptolémée a choisi, sans aucune autre raison.
Les maisonnées sénestrogyres aporiques de Ptolémée
Ces débats qui agitaient les astrologues de l’époque pré-ptoléméenne peuvent sembler futiles, irrationnels et compliqués pour un observateur extérieur non averti. Cependant, ils étaient le résultat d’une question fondamentale et complexe : définir avec précision les limites des zones d’angularité horizontales, qui affectent également géométriquement les zones d’angularité méridiennes. Pour ces astrologues anciens, la question des limites des zones d’angularité était liée à celle des frontières des Maisons dans leur définition astronomique et leurs significations astrologiques. C’est précisément ce problème auquel les astro-statisticiens tels que Paul Choisnard, Léon Lasson et les Gauquelin ont été confrontés deux millénaires plus tard.
Ptolémée ne mentionne pas ces débats dans sa Tétrabible, qui deviendra l’ouvrage de référence pour les générations d’astrologues à partir du IIe siècle. Il est peu probable qu’il ignorait leur existence. Les raisons de cette absence ne seront pas discutées ici car cela ne serait que des conjectures vaines. On retiendra simplement sa position objective : il a opté pour des Maisons sénestrogyres dont il a décalé les limites de 5° dans le sens dextrogyre au-dessus de l’horizon, comme d’autres avant lui. Cela signifie que, selon lui, la Maison I a une étendue de 30° qui commence à 25° de la Maison XII et se termine à 25° de la Maison I, toutes les autres Maisons étant affectées par ce décalage. Ainsi, il considère qu’une Planète ascendante à l’horizon est dominante uniquement à l’intérieur de cette étendue.
Cependant, Ptolémée se retrouve face à un problème logique majeur. Il soutient en général que les effets planétaires sont renforcés au-dessus de l’horizon et affaiblis en dessous, ce qui a été confirmé par des études statistiques réalisées vingt siècles plus tard. Mais en même temps, il considère que la Maison I, située sous l’horizon pour 5/6e de sa longueur selon sa définition, est la deuxième en importance après la Maison X pour juger des puissances planétaires en fonction de leurs positions dans les Maisons « angulaires ». Il se retrouve donc face à une contradiction. Soit la règle générale qu’il établit stipule que les Planètes sont plus puissantes au-dessus de l’horizon, et dans ce cas, il doit reconnaître que cette règle ne s’applique qu’aux Planètes ascendantes situées dans le 1/6e de la Maison I qui déborde sur la Maison XII, ce qu’il ne fait pas. Soit il considère que le statut majoritairement nocturne de la Maison I est une exception qui confirme la règle générale. Il opte pour cette dernière option et tente piteusement de justifier son choix en invoquant un argument pseudo-physique ad hoc. Selon lui, les Planètes ascendantes en Maison I, donc sous l’horizon, seraient plus puissantes que celles ascendantes en Maison XII car les brumes et vapeurs au-dessus de l’horizon affaibliraient ces dernières en occultant leurs effets.
L’erreur fondamentale de Ptolémée
Cette idée, soutenue par cet argument irrationnel, désigne clairement Ptolémée comme étant soit un pur théoricien qui fait à contrecœur une légère entorse à l’orthodoxie astronomique dans la définition des limites des Maisons, soit un praticien très occasionnel et un observateur médiocre. Les deux excès ou carences peuvent bien sûr être cumulés. En lisant la Tétrabible, il ne fait aucun doute que Ptolémée a perçu les controverses de ses prédécesseurs comme des débats irrationnels et vulgaires de praticiens sans rigueur théorique. Il s’est lourdement trompé et a entraîné ses successeurs dans son erreur, qui ont pris cette erreur pour argent comptant. L’erreur de Ptolémée est devenue la doxa des astrologues. C’est même pire que ça : parmi les enseignements riches, complexes et contradictoires de l’œuvre de Ptolémée, ceux qui en ont fait leur bible n’en ont pour la plupart retenu que cette erreur. Pire encore, dans leur hiérarchisation des Maisons « angulaires », ils ont placé la Maison I avant la X uniquement parce qu’elle contient le point horoscopique. Voici ce qu’écrivait Ptolémée à ce sujet : « On évalue le pouvoir des planètes, en premier lieu, à partir de deux considérations : soit elles sont orientales et augmentent leur propre mouvement – car elles sont alors très puissantes – soit elles sont occidentales et diminuent leur mouvement – car alors elles ont une énergie plus faible. En second lieu, à partir de leur position par rapport à l’horizon, car, lorsqu’elles sont au Milieu-du-Ciel ou qu’elles le suivent immédiatement, elles sont particulièrement puissantes. Elles ont une force moindre, en revanche, quand elles sont exactement sur l’horizon ou qu’elles le suivent immédiatement. Leur pouvoir est plus grand chaque fois qu’elles sont en l’horizon oriental, et moindre chaque fois qu’elles culminent sous la Terre ou qu’elles sont dans une autre configuration avec le lieu qui se lève (l’Ascendant). Mais, si ce n’est pas le cas, leur pouvoir est nul » (Claude Ptolémée, Le Livre unique de l’astrologie ou Tétrabible, Livre I, chap. 24). Ce texte mérite une analyse détaillée car il résume à lui seul toute l’absurdité du système de Maisons rétrogrades lorsqu’il est combiné à la rotation quotidienne directe des planètes autour de l’horizon. En effet, Ptolémée affirme à la fois que les planètes orientales sont plus puissantes que les occidentales et que celles qui se trouvent sur leur arc diurne (au-dessus de l’horizon) sont plus puissantes que celles qui se trouvent sur leur arc nocturne (sous l’horizon). Il devrait logiquement en découler que les planètes du quadrant oriental diurne (du lever à la culmination supérieure, Maisons XII, XI & X) sont les plus puissantes. Cependant, parmi les planètes considérées comme telles par Ptolémée, seules celles de la Maison X et celles situées dans le dernier sixième de la Maison XII sont considérées comme telles. Cela signifie que les planètes en Maison XII, qui sont également dans leur mouvement diurne croissant et situées sur l’arc occidental, ne sont pas considérées comme puissantes.
Des Maisons mal bâties en héritage
Les adeptes de Ptolémée ont adopté un dogme qui stipule qu’une planète située à plus de 5° de la cuspide de la Maison I ou du point horoscopique en Maison XII est considérée comme « très faible ». Ce dogme a été accepté sans remise en question pendant des siècles, mais a été remis en cause par les premières statistiques astrologiques du XXe siècle. Il y a probablement eu des astrologues qui ont remis en question ce dogme basé sur leur expérience personnelle et d’autres textes traditionnels, mais ils n’ont pas laissé de traces écrites. Cette hypothèse est basée sur mon expérience personnelle en tant qu’astrologue praticien. Au début de ma pratique, je me suis appuyé sur les manuels disponibles dans les librairies qui répétaient tous ce dogme ptoléméen. Cependant, j’ai observé que dans de nombreux cas, des planètes considérées comme « très faibles » selon ce dogme se révélaient être en réalité « très fortes ». J’ai d’abord douté de mes propres observations en attribuant cela à mon manque d’expérience, mais la découverte des travaux statistiques des Gauquelin m’a permis de penser que mes observations étaient peut-être fondées sur des faits objectifs.
Voir aussi :
Les problématiques spécifiques des statistiques astrologiques.
Tests et prétextes : comment démonter l’astrologie ?
Astrologie canine, astrologie cynique ? À propos d’une expérience statistique sur des chiens.
L’“expérience” de Carlson : un exemple de charlatanisme anti-astrologiste.
L’affaire Petiot et “l’effet Barnum” ou le cirque anti-astrologiste.
Le problème des jumeaux en astrologie.
Uranus astronomique.
Aspect Soleil-Uranus.
Aspect Mars-Saturne.
Astrologie et astrologies : écoles, courants et chapelles.
Bilan de l’astrologie conditionaliste.
Bilan de l’astrologie traditionnelle.
Bilan de l’astrologie statistique.
Le monde selon Claude Ptolémée, astronome-astrologue et phare d’Alexandrie.
Ptolémée et l’erreur des Maisons sénestrogyres.
Introduction aux bilans comparés des astrologies.
Anar-show en hommage à Paul Feyerabend.
Yves Ouatou et l’astro-statistique.
Les significations planétaires par Richard Pellard. 620 pages. Illustrations en couleur. Ce livre se concentre uniquement sur les significations planétaires, sans sous-estimer le rôle des Signes du zodiaque et des Maisons. La première partie du livre présente les significations planétaires telles que définies par l’astrologie conditionaliste, accompagnées de méthodes de hiérarchisation planétaire et d’interprétation. Des exemples concrets illustrés par des Thèmes de célébrités sont inclus. La deuxième partie propose une critique des fondements traditionnels des significations planétaires et explore les liens entre signaux, symboles, astrologie et psychologie. Enfin, la troisième partie aborde les racines astrométriques des significations planétaires et propose une perspective plus vaste noologique et spirituelle.
Pluton planète naine : une erreur géante par Richard Pellard. 117 pages. Illustrations en couleur. Ce livre examine la décision controversée de classer Pluton en tant que « planète naine » lors de l’Assemblée Générale de l’Union Astronomique Internationale en 2006. L’auteur analyse les raisons derrière cette décision contestée par de nombreux astronomes. Il explore également l’impact de cette classification sur le statut astrologique de Pluton et remet en question ses influences et significations astro-psychologiques établies depuis sa découverte en 1930. Le livre aborde également le sujet des astres transplutoniens récemment découverts et propose d’accorder un statut astrologique ainsi que des influences et significations précises à ces astres.