Signaux et symboles

L’astrologie et la science sont fondées sur des paradigmes différents », explique Solange de Mailly-Nesle, astrologue. « L’astrologie repose sur des symboles qui sont basés sur une perception intuitive de l’Homme et de la Nature. Selon l’astrologie, l’Homme et le monde ne sont pas séparés mais sont liés par une intersubjectivité ».
Ce point de vue, selon lequel l’influence des planètes serait de nature a-causale et échapperait donc aux lois connues ou inconnues de la physique, est partagé par la plupart des astrologues contemporains. Cependant, Suzel Fuzeau-Bræsch fait partie d’une minorité qui pense différemment. Dans un article récent publié dans la Lettre des Astrologues (bulletin interne de la FDAF, Fédération Des Astrologues Francophones), elle critique sévèrement l’approche ésotérique et symboliste de l’astrologie. En tant que docteur en sciences, ancienne directrice d’un laboratoire de recherche en biologie au CNRS et astrologue, elle plaide pour une approche strictement rationaliste, expérimentale et causaliste de cette discipline. Elle estime que les notions de symbolisme, d’archétype et de synchronicité en astrologie ne correspondent à rien de scientifiquement défendable et sont simplement des notions littéraires à la mode qui nuisent à la réputation de l’astrologie et fournissent des arguments à ses détracteurs.
Les protagonistes
Deux groupes opposés se distinguent : les symbolistes et les réalistes. Chacun de ces groupes peut être divisé en deux catégories.
Les symbolistes-spiritualistes croient en l’influence astrologique grâce à une mystérieuse « âme du monde » qui communique avec les âmes des individus dans une dimension métaphysique. Ils considèrent l’astrologie comme un savoir traditionnel sacré et intouchable, ne pouvant être remis en cause par la science matérialiste.
Les symbolistes-réalistes, quant à eux, ne sont pas totalement satisfaits de cette explication « magique ». Conscients que l’influence zodiacale-planétaire est inexplicable dans le cadre de la physique classique, ils se tournent vers la physique quantique et invoquent le principe de non-séparabilité cosmique pour justifier l’astrologie par la synchronicité, une notion elle aussi vague et mystérieuse.
Les réalistes-scientistes adoptent une position purement mécaniste et matérialiste. Selon eux, seule une astrologie basée sur les règles de la science expérimentale et des méthodes statistiques est valide. Ils critiquent ou rejettent toute assertion traditionnelle non validée expérimentalement. Bien qu’ils reconnaissent également l’inexplicabilité des influences zodiacales-planétaires dans le cadre de la physique classique, ils estiment irrationnel de remplacer le principe de causalité par la synchronicité en empruntant certains concepts de la physique quantique.
Les réalistes-critiques, bien moins nombreux, sont plus nuancés. Ils estiment que nos connaissances scientifiques actuelles dans les domaines de l’énergie, de l’espace, du temps et de la structure sont lacunaires. Par conséquent, ils encouragent à critiquer ces connaissances, à les approfondir et à explorer d’autres voies pour comprendre le phénomène astrologique. Pour eux, les règles de la science officielle ne sont pas immuables : si elles ne parviennent pas à expliquer l’astrologie, elles doivent être adaptées ou changées.
Il est important de noter que les frontières entre ces catégories sont plus ou moins floues. Cela est particulièrement vrai pour les professionnels scientifiques (astronomes, physiciens, électroniciens, etc.) qui pratiquent également l’astrologie. Ils se disent « réalistes », mais considèrent que l’astrologie est incompatible avec les connaissances scientifiques actuelles. Ils adoptent donc une approche purement symboliste de l’astrologie, ce qui crée une certaine contradiction.
Pour transcender ces divisions et sortir de ces dialogues stériles, il est nécessaire d’ouvrir le débat et d’explorer de nouvelles voies en remettant en question nos connaissances scientifiques actuelles.
Tant qu’un symbole est vivant
Un symbole est une représentation graphique, sonore ou picturale qui va au-delà de sa signification conventionnelle. Il ne existe pas en lui-même, mais représente autre chose. Les êtres humains symbolisent le monde et les choses qui l’entourent grâce à leur imagination. Un symbole n’est pas éternel, il peut évoluer et finalement perdre sa signification. Il peut être remplacé par un nouveau symbole ou un concept.
Un signal concret est une variation physique porteuse d’information. Un fait, un être, une chose ou une situation peuvent être considérés comme des signaux concrets. Lorsque nous percevons ces signaux avec nos sens, nous les convertissons en perceptions. Ensuite, nous les symbolisons en images et en signaux abstraits tels que le langage et les chiffres.
La figure ci-dessus représente les circuits de communication entre signaux concrets et symboles. Les signaux concrets occupent la position inférieure, tandis que les signaux abstraits occupent la position supérieure. Les symboles se trouvent au milieu, reflétant l’ambiguïté de leur nature située entre le concret et l’abstrait.
Les flèches dans la figure symbolisent les relations entre signaux et symboles. Les signaux concrets peuvent être transformés en images grâce à des moyens tels que le rêve, la poésie, l’intuition et l’imagination. Les mythologies sont des exemples de cette démarche où l’homme symbolise les forces de la nature qu’il ne peut pas comprendre rationnellement.
Symbole contre concept ?
Chez de nombreux astrologues et anti-astrologues, il est courant d’opposer les signaux et les symboles. Les signaux sont des représentations mentales concrètes et spécifiques ; ce sont donc des indications directes. Chez les astrologues symbolistes, les signaux sont considérés comme réducteurs, rigides et trop rationalistes par rapport à la richesse poétique polyvalente des symboles. Les signaux et les symboles seraient-ils donc des ennemis naturels dans le domaine de la représentation ? Nous avons vu que ce n’est pas le cas. Cependant, comme le souligne Jean-Pierre Nicola, « la fonction de symbolisation ne peut pas se substituer à la fonction de signalisation rationnelle. Elle est la seule capable de représenter les phénomènes que la conscience ne peut pas intégrer en raison d’un manque d’aptitudes, de maturité ou d’informations suffisantes… La véritable tâche consiste à étudier les deux fonctions séparément, puis leurs relations. Toutes deux visent un même objectif : représenter la réalité, qu’elle soit interne ou externe à l’homme. Cet objectif est l’information, plus ou moins subjective selon les individus, sur le monde, sur soi-même et sur les relations réelles ou imaginaires entre le monde et soi-même. On peut remettre en question la valeur d’une communication qui tente d’expliquer par des symboles ce qui est mieux compris par des signaux, ou vice versa. »
Aucune approche de l’esprit ne doit être sous-estimée ou privilégiée, que ce soit la démarche symbolique ou rationnelle, analogique ou logique. Les approches symbolique et analogique sont prospectives, pionnières ; les approches conceptuelle et logique sont organisatrices, conservatrices. Les deux sont nécessaires et se complètent, dans cet ordre. Le problème réside donc dans les proportions, les excès de l’une ou de l’autre démarche. Il est donc erroné de penser que les conditionalistes sont anti-symbolistes, comme le pensent de nombreux astrologues. « Les symboles, écrit Jean-Pierre Nicola, sont conçus pour révéler l’inconnu. L’école conditionaliste étudie donc toute la symbolique astrologique afin de retrouver les contenus concrets, les signaux à l’origine des créations symboliques de l’homme.
Apprendre à communiquer
Les débats et les querelles suscités par l’article de Suzel Fuzeau-Bræsch ne sont pas récents. Ils agitent la communauté astrologique depuis des siècles. Comment pouvons-nous sortir de ces débats et parvenir à communiquer malgré nos différences de points de vue ? Cela passe par une prise de conscience de notre propre position et celle des autres, tout en évitant de devenir des intégristes du signal concret (« il n’y a que les bases biophysiques qui comptent »), du symbole (« il n’y a que la dimension symbolique qui compte ») ou du signal abstrait (« il n’y a que la théorie pure et dure qui compte »). La réalité que nous partageons est composée de tous ces éléments, et ceux-ci sont en relation et en interaction constante, se transformant au sein d’une structure commune à l’homme et à l’univers.
L’un des problèmes majeurs de communication entre les astro-symbolistes et les astro-réalistes réside probablement dans le fait que les premiers sont sur-représentés, très conservateurs (« on ne doit pas toucher aux anciens symboles traditionnels et sacrés ») et se désintéressent majoritairement des signaux concrets, c’est-à-dire des bases biophysiques de l’influence astrologique (qu’ils considèrent souvent comme irréelles). Cela entraîne mécaniquement un tarissement de la source d’où naissent les symboles, ne leur permettant plus de produire de nouveaux symboles contemporains et vivants.
Les astro-symbolistes sont donc en grande partie responsables de ces problèmes de communication. Cependant, les astro-réalistes qui refusent de prendre en compte la dimension symbolique de la représentation du monde astrologique ne font qu’aggraver le dialogue de sourds. Lorsque les astro-symbolistes accepteront et comprendront que les symboles ne sont pas des icônes sacrées et figées, surgies de nulle part pour l’éternité, mais plutôt des intuitions visuelles dont il faut comprendre les fondements et décortiquer la logique cachée, et lorsque les astro-réalistes accepteront que leurs théorisations et conceptualisations des réalités bio-astrophysiques ne pourront jamais éliminer la fonction symbolique inhérente à l’esprit humain, alors des dialogues fructueux seront possibles.
Sortir des confusions et amalgames
La position de Suzel Fuzeau-Bræsch et de Michel Cazenave sur l’astrologie est différente. Suzel Fuzeau-Bræsch soutient une approche scientifique, tandis que Michel Cazenave est plus ambigu. Il reconnaît que l’astrologie causale n’est pas compatible avec les connaissances scientifiques actuelles, mais il affirme que l’influence astrologique est exclusivement symbolique. Cependant, l’histoire des sciences nous montre les dangers d’une telle conclusion.
Par exemple, Copernic a prouvé que l’héliocentrisme était vrai, même s’il était en contradiction avec les croyances scientifiques de son époque. Si Michel Cazenave avait appliqué la même logique à l’époque de Copernic, il aurait dit que l’héliocentrisme n’était qu’un symbole, alors qu’il s’agit maintenant d’une réalité astrophysique. De même, Mendel a découvert les lois de la génétique en observant les résultats de ses expériences sur les pois. La communauté scientifique de l’époque ne le croyait pas. Si Michel Cazenave avait été là, il aurait affirmé que la génétique était uniquement symbolique. Wegener a également découvert la dérive des continents, mais sa théorie a été réfutée par la science officielle à son époque. Michel Cazenave aurait alors prétendu que la dérive des continents était seulement un symbole. On voit donc rapidement les limites d’une telle position.
La réalité est que l’astrologie est un mélange de sciences physiques et de sciences humaines. Son rôle est d’unir les signaux et les symboles. Suzel Fuzeau-Bræsch a tort de rejeter les symboles astrologiques au nom des signaux astrophysiques, et Michel Cazenave a tort de nier l’existence des signaux astrologiques au nom des symboles.
Ainsi, pour être contemporaine, l’astrologie doit à la fois moderniser sa symbolique archaïque en créant de nouveaux symboles vivants, extraire des significations abstraites et rationnelles des symboles existants, et chercher les lois biophysiques qui expliquent les influences zodiacales et planétaires. C’est un vaste projet qui nécessite un véritable débat.
Cet article a été publié dans le numéro 19 du Fil d’ARIANA en avril 2003.
Voir aussi :
Article de blog sur le sujet des signaux et symboles :
Titre : Signaux et symboles : comprendre leur importance en astrologie
Introduction :
Dans le domaine de l’astrologie, les signaux et symboles jouent un rôle essentiel dans l’interprétation des thèmes astraux. Carl-Gustav Jung, célèbre psychologue suisse, a également étudié leur importance et leur signification. Dans cet article, nous explorerons l’histoire de cette relation entre Jung et l’astrologie, ainsi que l’influence des signaux et symboles dans la typologie jungienne.
1. Le lien entre Carl-Gustav Jung et l’astrologie :
Carl-Gustav Jung a été fortement intéressé par les signaux et symboles présents dans les cultures du monde entier. Bien qu’il n’ait jamais été astrologue lui-même, il a reconnu la valeur de l’astrologie en tant qu’outil pour comprendre les archétypes universels présents dans l’inconscient collectif.
2. Symboles et signaux dans la typologie jungienne :
Selon Jung, les symboles sont des manifestations concrètes d’idées abstraites, tandis que les signaux sont des éléments qui attirent notre attention sur quelque chose d’important. Dans sa typologie jungienne, il utilise ces concepts pour comprendre les différentes personnalités humaines et leurs interactions avec le monde.
3. L’influence des planètes et du zodiaque :
En astrologie, les planètes et le zodiaque sont associés à différents symboles et signaux. Jung reconnaissait également leur importance dans sa typologie individuelle. Par exemple, Mercure était considéré comme un symbole de l’esprit et de la communication, tandis que les différentes planètes étaient associées à des traits de personnalité spécifiques.
4. Signaux concrets et symboles astraux :
Dans l’astrologie, les signaux concrets se réfèrent aux aspects tangibles d’une carte du ciel, tels que les positions des planètes et des signes. Les symboles astraux, quant à eux, représentent les significations profondes et symboliques qui peuvent être interprétées à partir de ces signaux. Comprendre ces deux aspects est crucial pour une interprétation astrologique précise.
Conclusion :
Les signaux et symboles jouent un rôle essentiel en astrologie et dans la typologie jungienne. Ils nous aident à comprendre les archétypes universels, les traits de personnalité et les interactions humaines. Carl-Gustav Jung a apporté une contribution significative en explorant cette relation entre psychologie et astrologie. En comprenant l’importance des signaux et symboles, nous pouvons approfondir notre compréhension de nous-mêmes et du monde qui nous entoure.